Si les pistes pouvaient parler, elles en auraient long à raconter sur les évènements et surtout les gens passionnés qui ont marqué l’histoire de Tremblant depuis son ouverture en 1939. Au fil des années, nous avons honoré ces personnalités et athlètes ainsi que le folklore et les expressions typiques au Québécois et Amérindiens, entre autres en leur décernant le nom d’une de nos pistes de ski.

En voici quelques-unes avec le récit qui s’y rattache:

PERSONALITÉS HISTORIQUES

CURÉ DESLAURIERS (bleue Sud)

Le curé Charles-Hector Deslauriers est nommé curé fondateur de Mont-Tremblant le 21 juillet 1929, tout juste avant la grande dépression. Dès son arrivée, il est remarqué pour son dévouement, son dynamisme et son implication dans la communauté. Il constate que l’industrie du bois ne peut suffire à relancer l’économie de la région et lorsqu’il fait la rencontre de Joe et Mary Ryan, il voit se dessiner une opportunité pour sa paroisse. Le curé Deslauriers fut un lien important entre les résidents du village et les touristes. Un pont entre le village et la montagne.

La tradition voulait qu’au début de chaque hiver, les filles et les garçons se rendent à la chapelle pour faire bénir leurs skis, et le curé s’assurait que personne ne manque à l’appel. Il organisait aussi, quelques fois par saison, des journées de ski pour les enfants du village. La piste fut d’abord nommée Sir Edward Beatty, président du Canadian Pacific Railway au début des années 1900.

RYAN (double-noire Sud)

À la suite d’une expédition au sommet du Mont Tremblant en 1938, Joseph « Joe » Bondurant Ryan fonda le Mont Tremblant Lodge, inauguré en février 1939. Fonceur et audacieux, le millionnaire américain créa avec sa femme Mary une station de ski à l’avant-garde de la technologie de l’époque en ce qui concerne les remontées mécaniques. La création du Mont Tremblant Lodge insuffla une vigueur fortuite à l’économie locale et édifia la renommée de la région dans le continent nord-américain. Après la mort de son mari, Mary Ryan géra la station jusqu’en 1965.

LOWELL THOMAS (bleue Nord)

Membre de cette importante expédition au sommet de la montagne en 1938 avec Joe Ryan et Harry Wheeler, Lowell Thomas revenait régulièrement à Mont-Tremblant. Il y diffusait en direct ses bulletins de nouvelle radio vers les États-Unis, contribuant ainsi à la notoriété nord-américaine de la station.

NANSEN (verte Sud)

Cette magnifique piste verte de 6km est nommée pour Fridtjof Nansen, un grand explorateur norvégien et le premier homme à traverser le Groenland en 1888. Il fut également le récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1922. Son fils, Kare Nansen, qui connaissait bien le ski, fut engagé par Joe Ryan pour superviser la construction de la station et en gérer l’auberge.

JOHANNSEN (bleue Sud)

La piste Nansen fut tracée par une autre légende du ski canadien, Hermann « Jackrabbit » Smith-Johannsen. Le Norvégien d’origine et Québécois d’adoption, fut le premier grand promoteur de ski dans les Laurentides et ailleurs.

FRIPP (noire Sud)

Le costaud et athlétique vétéran de la 2e guerre mondiale, John Fripp est devenu le premier non-européen à diriger une école de ski d’envergure en Amérique du Nord en 1945. Gagnant de plusieurs courses de renom, dont la féroce Quebec-Kandahar, Joe Ryan a choisi ce candidat canadien car il était impressionné de sa rapidité sur ses skis! À la suite de ses années à la tête de l’école de ski de Tremblant, il joua ensuite deux saisons dans la CFL avec les Ottawa Rough Riders. Cet athlète accompli a eu 101 ans cette année!

MCCULLOCH (noire Sud)

Vainqueur de pratiquement tous les grands titres alpins au Canada et aux États-Unis, Ernie McCulloch a été élu Skieur du demi-siècle en 1950. Affectueusement surnommé le « roi du Mont Tremblant », il devient directeur de l’école de ski de Tremblant en 1954 et y demeure jusqu’en 1969.

DUNCAN (bleue/noire Nord)

Né à Saint-Jovite le 31 août 1918, Charles « Charlie » Duncan a fait partie de la première équipe de moniteurs de l’Alliance des moniteurs de ski du Canada (AMSC), puis il devient directeur de l’école de ski de Mont Tremblant. À son retour de la Deuxième Guerre mondiale, en 1945, il devient administrateur à la station. La piste Duncan est donc en l’honneur de cet homme, figure emblématique du ski à Tremblant et natif de la région.

Un autre fait sur Charlie Duncan : son fils Peter Duncan a été membre de l’équipe canadienne de ski alpin de 1960 à 1971, champion américain en 1965 et a participé aux Jeux olympiques de 1964 et 1968. Commentateur à la télé, chroniqueur au Tremblant Express et citoyen impliqué, Peter adore raconter son vécu sur le développement de la station de ski Mont Tremblant.

BEAUCHEMIN (bleue/verte Nord),
CHARRON (bleue Sud)
et DESSERRES (bleue Sud)

Les pistes Beauchemin, Charron et Desserres représentent trois des quatre propriétaires de la Station Mont Tremblant des années 1965 à 1979, Roger Beauchemin, André Charron et Roger DeSerres. Les pistes Beauchemin et Charron portaient respectivement les noms Habitant et Mi-Chemin à l’ouverture de la station.

Également, dans le jargon des opérateurs de la montagne, le dernier « pitch » de la Duncan porte le nom « pitch Lévesque » en l’honneur de Jean-Louis Levesque, le quatrième propriétaire de la station durant ces années.

LETENDRE (verte Nord)

La famille Letendre a longtemps été maintenu une présence importante dans la municipalité de Mont-Tremblant. La piste Letendre est donc nommée en l’honneur des frères Letendre, Alexandre, Paul et René, qui ont longtemps été les propriétaires du magasin général au lac Mercier, dans le vieux village de Tremblant. Aujourd’hui, on retrouve à cet endroit la Sandwicherie.

Au fond de leur magasin se trouvait également un restaurant de style snack-bar, opéré par Anette, la femme de Paul. Elle y installa le seul téléviseur du village, permettant ainsi aux villageois de regarder des émissions de sport entre autres, faisant de la famille Letendre l’un des pionniers du restaurant sportif dans la région.

TASCHEREAU (noire Nord)

Nommée en l’honneur du 14e Premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau, elle fait partie des 13 premières pistes de ski du Mont Tremblant à la fin des années 1930. C’est dans un effort du Club de ski de St-Jovite, pour impliquer les jeunes dans le ski et développer un élément compétitif dans la région, que Taschereau collecta des fonds pour créer la piste et la nommer. Il a d’ailleurs eu beaucoup de soutien du Père Deslauriers dans cette initiative. C’est également de là que la course de ski Taschereau fut créée, en l’honneur de son important rôle et son implication dans le projet.

Fait cocasse, la piste a été nommée en 1936, soit 2 ans avant l’ouverture officielle de la station par Joe Ryan en 1938.

ROY SCOTT (verte Sud)

Roy Scott est un ancien directeur des opérations de la montagne dans les années 90, qui décéda dans un tragique accident de la route en quittant le travail un soir. Tremblant a renommé la piste à son nom pour le commémorer.

KANDAHAR (noire Sud)

Cette piste noire porte son nom grâce à la Coupe Québec Kandahar, une série de courses datant de 1928 qui a été lancée par le club britannique Kandahar Ski Club. Le club lui-même a été nommé en l’honneur du maréchal Earl Roberts de Kandahar, un général britannique de l’époque victorienne qui était l’un des premiers partisans et donateurs de la course de ski alpin.

ST-BERNARD (noire Sud)

Prêtre originaire de la Savoie, Bernard de Menthon construisit un monastère dans l’un des passages les plus élevés et les plus dangereux des Alpes. C’est dans ce monastère que se développa le saint-bernard, fameuse race de chiens alpestres, qui accompagnait les moines dans leurs opérations de sauvetage des pèlerins qui empruntaient ces sommets.

ATHLÈTES

MARIE-CLAUDE ASSELIN (noire Nord)

Triple championne du monde, les réalisations de Marie-Claude Asselin, associées à son dynamisme et à son enthousiasme, ont fait d’elle une source d’inspiration pour son entourage. Elle a concouru de 1977 à 1982 dans les catégories de ski acrobatique aérien, de ballet et de bosses, remportant 35 compétitions de la Coupe du monde de ski acrobatique.

JASEY-JAY ANDERSON (noire Nord)

Résident de la région de Mont-Tremblant, Jasey-Jay Anderson est le planchiste Canadien le plus décoré de l’histoire ayant dominé son sport durant près de 10 ans. Il compte trois Championnats du Monde ainsi qu’une médaille d’or obtenue aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010. Anderson a également représenté le Canada à six Jeux olympiques dont: Nagano (1998), Salt Lake (2002), Turin (2006), Vancouver (2010), Sotchi (2014) et PyeongChang (2018). La piste portait anciennement le nom Géant avant de changer de nom en 2010.

ERIK GUAY (noire Sud)

Compétiteur aguerri de la région de Mont Tremblant, Erik Guay a été l’un des plus grands skieurs alpins de l’histoire au Canada. Champion du Monde en Super-G en 2017, son record sur le circuit de la Coupe du Monde inclut 25 podiums, dont 5 victoires. À ce jour, il est le skieur alpin le plus décoré du pays! Son nom a remplacé la piste Grand Prix en 2010 lors du 75e anniversaire de la station.

GAÉTAN BOUCHER (noire Sud)

L’un des plus grands athlètes québécois de tous les temps, Gaétan Boucher était un patineur de vitesse extraordinaire. Parmi ses accomplissements, on peut compter l’obtention d’une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Lake Placid en 1980 et deux médailles d’or à Sarajevo en 1984.

COSSAK (double-noire Nord)

La Cossak, piste à bosses du versant nord qui a servi à la Coupe du monde, a été nommée pour la manœuvre (cossak) rendue populaire par le pionnier des skieurs de bosses, Jean-Luc Brassard.

 

Guide des pistes de ski pour l’historien

 


D’autres pistes représentent Tremblant par ses racines Amérindiennes et Québécoises, des expressions ou autres. Voici quelques noms de pistes mémorables.

FOLKLORE AMÉRINDIEN ET QUEBECOIS

ALGONQUIN (verte Soleil)

Nommée pour la communauté autochtone qui a occupé le territoire de Tremblant durant plusieurs siècles.

TOBOGGAN (bleue Soleil)

Mot d’origine algonquienne, un toboggan est un traîneau à neige plat, sans patins, dont l’avant est recourbé pour faciliter la glissade. Les Amérindiens s’en servaient pour le transport en hiver.

TAM-TAM (verte Sud)

Un terme couramment employé pour désigner diverses sortes de membranophones (tambours) d’origine amérindienne.

WINDIGO (bleue Nord)

Celui-ci est un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières nations de langue algonquienne.

RIGODON (bleue Nord)

Les rigodons sont des chants et des danses folkloriques originaires de la France et passés dans la province du Québec au temps de la colonisation de la Nouvelle-France. Popularisée lors des fêtes religieuses dans les villages, la musique est produite avec des instruments traditionnels comme des cuillères de bois, l’harmonica ou le violon.

CHALUMEAU (bleue Sud)

Pièce en forme de tuyau servant à extraire l’eau d’érable à sucre. Il est composé d’une extrémité que l’on enfonce dans l’arbre après l’avoir entaillé et un autre en forme de robinet sous lequel on accroche un seau pour y recueillir l’eau d’érable.

EXPRESSIONS

FUDDLE DUDDLE (bleue Nord)

Ce nom de piste est un clin d’œil à la phrase prononcée par Pierre Elliott Trudeau à la Chambre des communes, soupçonné d’avoir envoyé promener un membre d’un parti de l’opposition. Il s’était repris en disant « fuddle duddle » !

BIÈRE-EN-BAS (verte Sud)

Belle piste verte, souvent la dernière piste de la journée… parfaite pour enchainer l’après-ski!

BRASSE-CAMARADE (double-noir Soleil)

Cette expression s’utilise essentiellement au Québec pour désigner un remue-ménage, soit une agitation ou de la confusion.

Anciennes pistes aux noms historiques

HANS FALKNER (versant Sud)

Maintenant la piste La Crête au sommet de la montagne, elle fut d’abord nommée en l’honneur du premier directeur de l’école de ski de Tremblant. L’Autrichien Hans Falkner a pris les reines de la direction de l’école en 1939, avant de passer le flambeau à John Fripp en 1945.

PÈRE DESLAURIERS (versant Sud)

La piste fut renommée La Passe en 1973 et est encore sur la carte des pistes à ce jour (c’est la piste qui nous permet de se rendre à la Nansen bas à partir du haut de la remontée Flying Mile). Ce nom de piste existe toujours sur la montagne sous le nom de Curé-Deslauriers au versant Sud.

Un grand merci à tous ceux et celles qui ont contribué à la réalisation de cet article.

 

Sources

Tremblant.ca & Tremblant Blog Tremblant Express Canadian Ski & Hall of Fame Museum Ski Mad World La Presse Canada Snowboard Club de ski Mont-Tremblant Tremblant 360 Musée du Ski des Laurentides The Nobel Prize L'encyclopédie canadienne